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Logo SBV-FSA Clin d'Oeil: Edition 6/2009

Science-fiction ou futur proche: le rêve de conduire

Naomi Jones, traduit de l'allemand par Gian Pozzy

Pour obtenir un permis d’élève conducteur, il faut produire un test de la vue. En Suisse, les malvoyants ne peuvent pas conduire. Mais, qui sait, ça changera peut-être un jour.

"Je rêve d’un monde dans lequel les aveugles roulent en voiture." Des phrases de ce genre ont été dites durant le congrès de l’Union mondiale des aveugles (UMA) 2008 à Genève. Pourquoi? Dans notre société, la conduite d’une voiture n’est pas seulement un instrument de mobilité mais aussi un symbole de liberté et un statut. De sorte que conduire représente, pour des personnes aveugles, une métaphore de l’intégration et de l’autonomie bien plus que de la mobilité.

La voiture intelligente

Conduire est fascinant. C’est pourquoi il existe beaucoup d’études sur le sujet. En juillet dernier, une nouvelle a fait le tour du monde: au Virginia Tech, aux Etats-Unis, un véhicule aurait été développé qui permet aux aveugles de conduire seuls. Il s’agit d’un véhicule équipé de senseurs laser, de confirmations vocales et d’un système de commandes tactiles. Un gilet transmet, à travers ses vibrations, des informations sur la vitesse. Pour l’instant, ce "Dirt-Buggy" sera expérimenté sur des parcours test en rase campagne. Il paraît plutôt improbable que, pour des raisons de marché, il soit adapté aux conditions du trafic routier dans un avenir prévisible.

Reste que dans ce domaine on creuse aussi dans d’autres directions. Vision zéro est un concept de la sécurité routière à laquelle travaillent plusieurs pays. Dans le cadre de ces travaux, l’Institute for Road Safety Research, aux Pays-Bas, présente des voitures qui roulent toutes seules. Le conducteur devrait se contenter de contrôler les fonctions. De tels véhicules augmenteraient massivement la sécurité routière et pourraient, assez vraisemblablement, être conduites par des aveugles aussi. Il semble que les technologies pour ce faire existent. Question sécurité, c’est toute la société qui bénéficierait de ces voitures. C’est par conséquent aux politiques avant tout de décider si et quand des voitures intelligentes rouleront sur nos routes.

Quand la passion l’emporte

L’Allemand Ralf Mäckel a une acuité visuelle réduite à 0,5%. Voilà des années pourtant qu’il roule avec des voitures de course et des motos non adaptées à son cas. Stimulé par sa passion pour les moteurs, il a développé une ouïe qui lui permet de s’orienter sur un circuit de course – où il court seul – par l’écho renvoyé par les tribunes, les murs, les empilements de pneus.

Il entend le plus minime défaut d’un moteur. C’est ainsi que lui, l’aveugle, est devenu le conseiller et le pilote d’essai de diverses écuries et qu’il est sous contrat chez Kawasaki.

Essayer des engins de course, c’est à vrai dire beaucoup de travail. C’est la tête qui travaille surtout. Pendant dix jours environ, Ralf Mackel mémorise le circuit jusque dans ses moindres détails en s’en faisant une image à l’aide d’esquisses. Puis il parcourt plusieurs fois le bitume derrière un pilote voyant afin de s’imprégner des informations que lui fournit l’écho, d’abord du côté gauche, puis du côté droit.

Il suffit d’essayer

Pour les handicapés de la vue qui ne seraient pas aussi passionnés de course et ne peuvent s’offrir un joujou équipé de toutes les conquêtes de la technique, il reste tout de même une occasion de s’asseoir derrière un volant. Sheila Brunner, membre de la FSA, a organisé l’été dernier, pour la troisième fois déjà, un cours de conduite pour aveugles et malvoyants sur l’aérodrome d’Interlaken (elle compte bien renouveler encore l’expérience l’an prochain).

Neuf monitrices et moniteurs se sont bénévolement mis à disposition avec leurs véhicules d’apprentissage et ont dispensé leur enseignement. "Une personne aveugle au volant, comment cela fonctionne? demande Sheila Brunner dans son compte-rendu. Les instructions sont données en référence au cadran de la montre: la main droite est à 3 heures, la gauche à 9 heures. Tout droit, c’est 12 heures. Tourner un petit peu à droite, c’est 1 heure. Pour les aveugles, les malvoyants aussi bien que pour leurs moniteurs ce fut un défi passionnant et une très belle journée. Nous nous sommes mis dans la peau d’un automobiliste et savons mieux évaluer, maintenant, ce qu’il faut pour qu’une voiture freine et s’arrête."


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